Une association demande un fonds national dédié à la retraite des animaux de laboratoire

Une association demande un fonds national dédié à la retraite des animaux de laboratoire

Le GRAAL (Groupement de Réflexion et d'Action pour l'AnimaL) compte aujourd'hui 8.000 animaux de laboratoire réhabilités par ses soins. De nature discrète, l'association, uniquement tenue par des bénévoles et référente sur cette problématique en Europe, a néanmoins décidé de prendre la parole dans une tribune au sujet de l'agrandissement d'une station de primatologie gérée par le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et située dans les Bouches-du-Rhône. Car l'établissement a récemment annoncé vouloir tripler d'ici 2029 le nombre de primates hébergés, pour atteindre 1.800 spécimens.

Le 3 juin 2026, le GRAAL a alors remarqué que le CNRS le "cite à plusieurs reprises comme partie intégrante, aux côtés des structures d’accueil, de la solution envisagée pour la retraite des primates" alors qu'il n'a pas été prévenu. Dans une interview accordée à Sciences et Avenir, plusieurs membres de l'association* rappellent qu'organiser la retraite d'un animal de laboratoire demande un important investissement et proposent des mesures pour enfin anticiper financièrement cette démarche.

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Sciences et Avenir : La station de primatologie située à Rousset (Bouches-du-Rhône) a annoncé vouloir tripler d'ici 2029 le nombre de primates qu'elle héberge. Le CNRS a dit de son côté que ces animaux de laboratoire seraient ensuite "retraités" et que vous feriez partie de ce processus. Vous indiquez aujourd'hui que "personne ne vous a prévenu". Pouvez-vous nous en dire plus ?

Le GRAAL : Le projet d'agrandissement du centre de primatologie de la station de Rousset s'est construit sans que le GRAAL n'y soit impliqué à ce jour. Or, notre participation ne saurait relever du "tacite" ou de "l'implicite". Pour avoir déjà travaillé avec le GRAAL à plusieurs reprises, le CNRS connaît bien les méthodes et les contrats nécessaires, le temps à consacrer à chaque réhabilitation.

Aussi, prendre part à un projet d'une telle envergure, dont les enjeux dépassent nos frontières et concernent autant de vies animales, mérite a minima une concertation préalable et transparente avec tous les acteurs concernés. Rappelons que le GRAAL œuvre depuis maintenant 20 ans à la retraite des animaux de laboratoire en France et en Europe, assurant une mission de service public.

"Non répertoriés, invisibles, ces animaux devront pourtant bénéficier d’une retraite"

Sciences et Avenir : En l'état, vu le nombre considérable de primates devant rejoindre à terme ce centre, est-il vraiment envisageable de leur offrir, à tous, une retraite ?

Au sein de la cohorte de primates qui rejoindront sans doute le centre de Rousset, beaucoup d'entre eux seront hélas euthanasiés par nécessité des protocoles. Cependant - et leur nombre sera encore considérable - nous devrons trouver une solution de retraite pour tous ceux qui pourront quitter la recherche (animaux reproducteurs, animaux témoins, animaux surnuméraires ou ayant connu des protocoles de sévérité légère à modérée) et dont certains échappent aujourd’hui à tout recensement statistique. Non répertoriés, invisibles, ces animaux devront pourtant bénéficier d’une retraite.

Si la volonté existe, sans compromissions ou faux-semblants, nous devrions pouvoir trouver des solutions réalistes. Rappelons que mettre à mort un animal par convenance, sans nécessité médicale ou scientifique, est puni de six mois d'emprisonnement et de 7.500 euros d'amende par l'article 522-1 du Code pénal. Pourquoi la recherche devrait-elle échapper à ce principe de droit et autoriser, dans le silence des salles d'expérience, des mises à mort invisibles et peu remises en question ?

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Sciences et Avenir : Quelles mesures faudrait-il prendre pour structurer en France la réhabilitation de ces animaux de laboratoire ?

Le GRAAL préconise de mettre en pratique les mesures suivantes :

- L'institution obligatoire d'un fonds national dédié à la retraite des animaux de laboratoire

- L'obligation, dans chaque demande de financement scientifique, d'inclure un volet budgétaire consacré à la réhabilitation des animaux utilisés dans les études et de notifier les animaux éligibles à la retraite

- La création d'un statut légal d'animal de travail pour les animaux de laboratoire

- Une décroissance notable du nombre d'animaux impliqués en recherche, ce que les statistiques françaises de ces dix dernières années ne permettent pas d'établir, contrairement à celles d'autres pays européens.

"En France, le nombre total d'animaux utilisés à des fins scientifiques demeure globalement stable"

Sciences et Avenir : Vous indiquez d'ailleurs qu'en France, le nombre moyen de primates concernés par des projets scientifiques augmente. Est-on vraiment en retard par rapport à nos voisins ?

Les données publiées par le CNRS lui-même permettent d'apporter un élément de réponse. Dans son "Rapport en réponse au bilan de la concertation préalable", le CNRS indique qu'entre 2015 et 2023, l'évolution annuelle du nombre de primates concernés par des projets scientifiques a été de +3 % par an en France ; -6 % par an en Allemagne et -3 % par an au Royaume-Uni. Ces chiffres montrent que la France a suivi, sur cette période, une trajectoire différente de celle de ses deux principaux voisins européens, qui ont réduit de manière continue leur recours aux primates. On peut donc considérer que la France est en retard dans cette dynamique de réduction.

Il convient toutefois de souligner un élément encourageant : les données officielles les plus récentes montrent une baisse du nombre de primates utilisés en France. Mais une différence importante subsiste avec les tendances observées au Royaume-Uni ou en Allemagne : chez nos voisins, la diminution apparaît comme une tendance structurelle, observée sur plusieurs années. En France, cette inflexion est très récente et il faudra attendre plusieurs années pour déterminer s'il s'agit d'une évolution durable.

Le modèle prospectif présenté lors de la concertation préalable sur le projet de Centre national des primates (CNP) retient d'ailleurs l'hypothèse d'une diminution moyenne de 5 % par an du nombre de primates concernés par des projets scientifiques. Espérons que cette trajectoire puisse effectivement se concrétiser.

Par ailleurs, cette perspective s'inscrit dans le cadre de la directive européenne 2010/63/UE relative à la protection des animaux utilisés à des fins scientifiques. Celle-ci impose aux États membres de mettre en œuvre des politiques visant à réduire progressivement le recours aux animaux en recherche, notamment à travers l'application du principe des 3R : remplacement, réduction et raffinement. Ce cadre réglementaire constitue le fondement des politiques nationales et explique les objectifs affichés de diminution du recours aux animaux.

Cependant, lorsqu'on examine les statistiques globales de l'expérimentation animale, cette réduction reste difficile à percevoir. En France, le nombre total d'animaux utilisés à des fins scientifiques demeure globalement stable depuis plus d'une décennie, sans baisse significative. La baisse récemment observée chez les primates doit être interprétée avec prudence. Les primates ne représentent en effet qu'entre 0,1 % et 0,2 % de l'ensemble des animaux utilisés à des fins scientifiques.

La question reste donc ouverte : la baisse récemment observée chez les primates préfigure-t-elle une véritable transformation des pratiques de recherche, ou constitue-t-elle une évolution ponctuelle au sein d'un système dont le volume global reste stable ?

*Contributeurs : Filippo Conti (associé, bénévole au GRAAL), docteure vétérinaire Brigitte Leblanc (conseillère au GRAAL), Marie-Françoise Lheureux (fondatrice et présidente du GRAAL), Julie Vériepe-Salerno (scientifique, chargée de réhabilitation au GRAAL).

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