Les pseudo-orques d’Hawaï perdent du poids, le signe d’un océan en crise

Les pseudo-orques d’Hawaï perdent du poids, le signe d’un océan en crise

Sous la surface turquoise des eaux hawaïennes, une biodiversité formidable abrite des créatures aussi majestueuses que fragiles. Parmi elles : les pseudo-orques insulaires d’Hawaï (Pseudorca), qui inquiètent aujourd’hui les scientifiques. Dans une étude publiée le 3 juin 2026 dans la revue Endangered Species Research, des chercheurs de l’université d’Hawaï montrent que ces grands cétacés traversent une période critique, marquée par une perte de masse corporelle parfois spectaculaire.

Des dauphins en danger

La population insulaire de pseudo-orques d’Hawaï ne compte plus qu'environ 150 individus, un échantillon très petit qui la rend particulièrement vulnérable à l’extinction. Ces cétacés, qui ressemblent beaucoup aux orques et qui sont comme ces derniers des dauphins, ont été suivis pendant sept ans par les chercheurs. De 2019 à 2025, les scientifiques ont étudié 68 individus grâce à de la photogrammétrie par drone, une méthode qui permet d’obtenir des images aériennes à haute résolution et d’estimer la masse corporelle et l’indice de condition physique de chaque baleine.

"Pour des mammifères marins, ils sont dans l’eau, donc on ne voit qu’une toute petite partie du corps, explique Christophe Guinet à Sciences et Avenir, océanologue au Centre d'études biologiques de Chizé (CEBC-CNRS) et qui n'a pas participé à l'étude. Tant qu’on n’avait pas de drones, c’était très difficile d’évaluer précisément la condition des individus". L’avantage de cette méthode est de fournir une vue verticale permettant de comparer la largeur du corps à des points de mesure définis. "On peut finalement évaluer un rapport largeur-taille des individus : ils sont plutôt plus gras, donc plus larges pour une longueur donnée, ou au contraire plutôt maigres".

Les résultats de cette enquête sont clairs et nets : l’état de santé des individus fluctue de manière inquiétante, avec des variations entre les groupes et selon les années. Une des pseudo-orques a perdu environ 28% de sa masse corporelle en seulement 10 semaines, un signe évident de stress nutritionnel sévère. L’indice de masse corporelle global de la population a atteint son minimum en 2020, suivi d’une légère amélioration, mais sans retour à un état stable.

Une fausse orque suspendue au-dessus de l'eau, après avoir projeté sa proie haut dans les airs. Crédits : Pacific Whale Foundation

Un "stress nutritionnel" ?

Une question subsiste : pourquoi ? Les auteurs évoquent plusieurs raisons. D’abord le "stress nutritionnel", un état de santé engendrant un cercle vicieux, stressant les individus et entraînant alors une baisse des réserves énergétiques. Ces dauphins sont en effet sujets à des pressions constantes dans leurs environnements : pêche, pollution, bruit sous-marin, collision avec des bateaux, etc.

"Il y a un conflit d’usage assez important entre ces pseudo-orques et la pêcherie au thon et à l’espadon à partir de palangres pélagiques, des engins de pêche fréquemment utilisés, explique Christophe Guinet. Ces animaux viennent en fait retirer les poissons capturés sur les fils de pêche, puis un certain nombre d’individus meurent par accident, pris dans les lignes."

Une autre cause est évoquée par les chercheurs : le réchauffement des océans. Les eaux plus chaudes modifient la distribution et la disponibilité des proies de ces mammifères marins, engendrant ainsi une sorte de "famine" pour les pseudo-orques. "Quand vous avez moins de phytoplancton, vous avez moins de zooplancton, moins de petits poissons, et moins de nourriture pour les thons, les espadons, conclut le chercheur. Et si les proies se déplacent plus en profondeur, les fausses orques doivent plonger plus loin pour les atteindre, ce qui rend la chasse moins efficace."

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