
Certes, la fécondité diminue partout dans le monde. "À l'échelle planétaire, le taux est de 2,2 enfants par femme en moyenne, un niveau en baisse constante qui se rapproche du seuil de remplacement des générations (2,1 enfants par femme)", précise-t-il. Les Nations unies anticipent d'ailleurs un passage sous ce seuil vers 2050, puis une poursuite du déclin jusqu'à 1,8 enfant par femme à la fin du siècle.
Mais cela ne signifie pas que la population mondiale va immédiatement décroître. Au contraire : elle continue d'augmenter et pourrait atteindre un peu plus de 10 milliards d'individus dans la seconde moitié du 21e siècle, avec un pic autour de 2080. En cause, un phénomène clé en démographie : l'inertie.
"La population mondiale est jeune, explique Gilles Pison. Les jeunes adultes sont nombreux, et même si chacun d'eux a peu d'enfants, le nombre total de naissances est élevé. Du côté des décès, ils se concentrent partout aux âges élevés. Or, les personnes âgées représentent encore une part faible de l'humanité. Résultat : il y a encore deux fois plus de naissances que de décès." La baisse de la fécondité est néanmoins spectaculaire dans certaines régions.
Les records se trouvent en Asie de l'Est : la Corée du Sud est à 0,8 enfant par femme, le Japon à 1,1. L'Italie ou l'Espagne affichent des niveaux comparables. Sans immigration, si de tels taux se maintenaient, les conséquences seraient radicales. "Avec 1 enfant par femme, une population est divisée par deux en une génération, soit environ trente ans. En un siècle, elle serait divisée par huit", anticipe le spécialiste.
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Un décalage entre intentions et comportements
Faut-il pour autant redouter un effondrement démographique global ? Rien n'est moins sûr. "Les démographes ne sont pas sur un scénario catastrophe", tempère Gilles Pison. Car derrière les chiffres se cache une réalité plus nuancée : le désir d'enfant reste très majoritaire.
"Quand on interroge les jeunes adultes, ils disent vouloir en moyenne deux enfants. Une enquête réalisée en France, en 2024, montre que seuls 10 % d'entre eux déclarent ne pas en vouloir. Une proportion en hausse, mais encore minoritaire", souligne-t-il. Le décalage entre intentions et comportements s'explique par des contraintes bien réelles : coût de la vie, instabilité économique, conciliation entre travail et famille. Pourtant, sur le long terme, les trajectoires se rapprochent souvent des souhaits initiaux.
En France, par exemple, "les femmes qui ont aujourd'hui 50 ans ont eu un peu plus de deux enfants en moyenne", rappelle le chercheur. Reste une question sous-jacente : sommes-nous trop nombreux sur Terre ? "Même à un milliard d'habitants, avec un mode de vie européen ou nord-américain, la pression écologique sur la planète resterait considérable", prévient Gilles Pison.