
Cet article est extrait du mensuel Sciences et Avenir n°953-954, daté juillet-août 2026.
Voilà plusieurs centaines de milliers d'années qu'Homo sapiens sillonne la Terre. Difficile aujourd'hui d'imaginer précisément à quoi celle-ci aurait pu ressembler si nous n'avions pas vu le jour. Mais il est sûr que la disparition de nombreuses espèces liée à notre expansion n'aurait pas eu lieu.
La Terre pourrait encore être parcourue par des mammouths laineux et des paresseux géants. Les forêts d'Europe seraient toujours façonnées par les grands herbivores et formeraient plutôt de vastes zones de végétation ouvertes et semi-ouvertes. Une mégafaune préservée n'aurait pas empêché une diversité des mammifères également bien plus importante qu'actuelle ment.
Selon les simulations de Jens- Christian Svenning, de l'université d'Aarhus (Danemark), les valeurs les plus élevées de diversité des espèces de mammifères s'observeraient dans le sud des montagnes Rocheuses (Canada et États-Unis), au Mexique et dans le nord de l'Argentine. Et la majeure partie du continent américain et de l'Eurasie présenterait, elle aussi, "des diversités similaires aux zones les plus diversifiées d'Afrique subsaharienne", soulignait une étude publiée dans la revue Diversity and Distributions. Les éléphants et les rhinocéros pourraient enfin parcourir librement le nord de l'Europe.
Retrouverait-on ces paysages si l'humanité disparaissait soudainement ? Jens-Christian Svenning estime que "la Terre deviendrait similaire à celle qu'elle serait si l'humain n'avait jamais existé, mais ne serait pas pour autant parfaitement identique. Par exemple, les espèces disparues ne reviendraient pas, mais seraient remplacées par de nouvelles espèces. "
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L'eau reprendrait ses droits, les rivières leur cours naturel
Les animaux sauvages réinvestiraient l'espace, prenant pour proie nos animaux domestiques. "La réoccupation des territoires par la faune se ferait probablement par étapes, estime le professeur d'urbanisme Carlton Basmajian, de l'université d'État de l'Iowa (États-Unis). Certaines espèces émergeraient rapidement et se réimplanteraient durablement. Ce serait sans doute le cas pour celles qui ont déjà appris à vivre en milieu humain : ratons laveurs, lapins, cerfs, marmottes, coyotes, oiseaux, etc. Les grands prédateurs arriveraient plus tard, compte tenu de leur plus faible densité et de leur tendance à éviter le contact avec les humains. "
Nos constructions subiraient des dommages (fissures, rouille) dus au manque d'entretien, et seraient envahies par une robuste végétation tandis que les plantes que l'on consomme disparaîtraient. L'eau reprendrait ses droits. "Il faudrait probablement de nombreuses années pour que les rivières retrouvent leur cours naturel, explique Carlton Basmajian. Les digues s'éroderaient lentement puis une crue majeure les emporterait, section par section. Pour les barrages, ce serait sans doute encore plus long, selon leur emplacement, leur taille, les matériaux utilisés et leur état. Tout comme les digues, je m'attends à ce que les barrages s'affaiblissent progressivement, puis s'effondrent brutalement lors d'une crue majeure. "
Côté climat, nos activités passées auraient des conséquences. Ainsi, "les niveaux de CO2 pourraient être suffisamment élevés pour que nous évitions la prochaine période glaciaire ", suppose de son côté Jens-Christian Svenning. Mais, dans ce scénario, nous ne serions de toute façon pas là pour nous en soucier…