Découverte d’une sépulture princière celte en Allemagne

Découverte d’une sépulture princière celte en Allemagne

Les archéologues du Land de Hesse, en Allemagne, viennent d’annoncer la découverte exceptionnelle de la tombe d’un prince celte près de la ville de Bad Camberg, à 45 kilomètres au nord-ouest de Francfort-sur-le-Main. Le célèbre tumulus du Glauberg n’étant pas très éloigné, voilà qui invite à penser que l’ensemble de la région était dominé à l’âge du fer par une élite celte, dont la richesse et les liens avec l’étranger se reflètent dans des offrandes de prix.

Découverte d’une sépulture princière celte en Allemagne

L’archéologue en chef du Land de Hesse, Kai Mückenberger, attribue cette découverte à la chance, mais ne s’agit-il pas plutôt de simple méthodologie ? Car, après tout, c’est le principe des fouilles préventives qui a été appliqué à la lettre, en amont de la construction d’un parc photovoltaïque. Alors qu’il ne s’attendait qu’à trouver un village tout au plus, dès que la pelleteuse a excavé des restes métalliques, identifiés comme les vestiges d’une pointe de lance, il n’y a plus eu d’hésitation. C’était le premier indice qu’une chambre funéraire se trouvait dans le sous-sol.

Les fouilles préventives en amont de la construction d’un parc photovoltaïque près de Bad Camberg n’ont duré que deux semaines, mais les découvertes sont spectaculaires. Crédits : Landesamt für Denkmalpflege Hessen

Un tumulus précédé de son allée de procession révélé par géomagnétisme

L’archéologue a donc ordonné de procéder à des études géomagnétiques et là, rebelote. Ce qu’il voit est plus qu’éloquent : deux fines lignes parallèles convergeant vers un cercle au centre duquel on devine un rectangle plus sombre. Ce schéma ressemble en tous points au tumulus du Glauberg, mis au jour à la fin du 20e siècle à Glauburg, à moins de 100 kilomètres à l’est du massif du Taunus, où se situe Bad Camberg. Une tombe princière celte précédée de son allée de procession (constituée de deux larges fossés) se trouve donc dans le sous-sol. C’est une première dans le Taunus.

Le tumulus du Glauberg a été reconstitué in situ, ainsi que la statue de grès rouge représentant un guerrier, surnommé le prince du Glauberg, trouvée non loin d’une des trois tombes du site. Crédits : Sven Teschke / CC-BY-SA-3.0 / Wikimedia Commons

Il ne reste rien de la structure de la chambre funéraire

Malheureusement, il ne reste plus rien de la structure de la chambre elle-même, dont le bois s’est désagrégé au fil de temps, ni du corps du défunt, dont on ne sait s’il s’agissait d’un homme ou d’une femme. Seules ont subsisté les offrandes funéraires déposées à ses côtés, qui ont été majoritairement extraites en bloc afin de ne pas les endommager. Soumis à la radiographie et à la tomographie, les blocs de terre ont révélé des objets qui n’avaient pu être mis au jour sur le site.

Lire aussiEnfouie depuis 2600 ans, une tombe celte vient d’être découverte en Allemagne

Des bijoux en or massif et un char à deux roues

Les archéologues ont ainsi dégagé plusieurs éléments remarquables, tels trois bijoux en or massif : un collier, un bracelet et un anneau que le défunt portait autour de son cou, d’un de ses bras et à un doigt. Plus spectaculaire, divers éléments d’un char ont subsisté : "des ferrures de moyeu, des capuchons d’essieu en métal non ferreux et des bandages de roulement en fer (ancêtres des jantes, ndlr) prouvent clairement que le défunt a été inhumé avec un char à deux roues", notent les chercheurs dans leur communiqué.

Des restes de roues de char ont été mis au jour sur le site. Crédits : Landesamt für Denkmalpflege Hessen

Une centaine d’offrandes en tout

Les sépultures à char celtiques reflètent toujours un statut très élevé, et elles ne sont pas foison. Dans le Land de Hesse, elles sont extrêmement rares. Parmi la centaine d’artefacts trouvés dans celle de Bad Camberg figurent également des perles décoratives en bronze, et peut-être aussi en verre ou même en ambre, des anneaux qui pourraient provenir d'une ceinture, un petit couteau en forme de croissant, des tessons de céramique, et surtout une cruche à bec étrusque en tôle de bronze.

Révélée par radiographie et tomographie dans un bloc de terre, une cruche à bec étrusque témoigne d’échanges avec la Méditerranée. Crédits : Landesamt für Denkmalpflege Hessen

Lire aussiLe prince de Lavau, un Celte d'exception

Un prince celte plutôt qu’une princesse

Pour savoir qui était le défunt, les archéologues ne disposent que de ces indices, mais ils supposent d’ores et déjà qu’il s’agissait plus probablement d’un homme en raison de la présence de la pointe de lance et des roues qui devaient appartenir à un char de combat. Même si ce n’est pas tant la présence du char qui indique que le défunt était plutôt un homme, car on peut également trouver des femmes inhumées dans des sépultures à char – telle la dame de Vix, au mont Lassois. C’est surtout parce que les tombes de femmes de haut rang celtes étaient souvent plus richement pourvues que celles des hommes.

Le prince ou la princesse de Bad Camberg a quoi qu’il en soit vécu au début de l’âge du fer, si l’on s’en tient aux offrandes qui correspondent aux rites funéraires de la première moitié du 5e siècle avant notre ère (période de La Tène I). Si la tombe est plus sobre que celle du prince du Glauberg, l’association inhabituelle pour la région entre char, or massif et cruche étrusque importée semble pointer vers une personnalité de haut rang ayant des contacts avec le Bassin méditerranéen.

← Science