
Sur les plages du Calvados le week-end dernier, la scène avait de quoi surprendre : des dizaines, voire des centaines de méduses échouées sur le sable ou dérivant dans les premiers mètres d’eau. Un spectacle impressionnant pour les baigneurs, mais qui s’explique par des conditions océaniques bien particulières.
“Notre perception repose souvent sur ce qu’on observe sur les plages, mais cela ne reflète pas forcément la quantité réelle de méduses au large, explique à Sciences et Avenir Delphine Thibault, océanographe biologiste et Professeur des Universités à Aix-Marseille Université. Les courants peuvent en ramener beaucoup à la côte… ou au contraire très peu.”
Le rôle des courants marins dans l'échouage des méduses
Au vu des photos, la spécialiste estime qu'il s’agirait de méduses du genre Cyanea lamarckii. Néanmoins, il ne faut pas exclure la présence d’autres espèces comme des Chrysaora ou Rhizostoma, qu’il est parfois possible de croiser dans cette région. L'une des explications principales de cette présence abondante se trouverait dans la dynamique des courants océaniques. “Il y a eu des courants orientés vers la côte, capables d’agréger les méduses et de les ramener sur les plages, explique Delphine Thibault. Ce flux vient du nord-est, depuis la mer du Nord où ces espèces sont fréquentes. Il pourrait expliquer leur présence en grand nombre sur le littoral normand.”
Contrairement à certaines hypothèses relayées localement, la récente canicule ayant frappé la France n’est probablement pas la cause directe de ce phénomène. “Ces méduses de grande taille ont plusieurs mois. Elles ne sont pas apparues en quelques jours“, insiste la chercheuse.
Le cycle de vie de ces organismes marins est bien particulier. Ils peuvent exister sous deux formes. D'abord le polype, une étape de leur vie où ces animaux, minuscules, sont attachés à une surface, comme celle d'un rocher, d'où ils relarguent les futures méduses. Et la méduse, la forme libre qui nage et que l'on observe en mer. “Elles ne se sont peut-être pas reproduites en grand nombre lors de la canicule, mais les oeufs fécondés vont d’abord donner des plantules qui vont s’attacher sur des substrats dures et former les polypes qui a leur tour donneront des méduses” précise-t-elle.
L'échouage des méduses, un phénomène multifactoriel
Derrière ces apparitions massives se trouve un phénomène en réalité imprévisible. “La présence des méduses en Normandie est peut-être due à plusieurs facteurs adjacents. Soit il y a eu plus de naissances, plus de survie des polypes, ou plus de production de méduses. Et aujourd’hui, on ne sait pas vraiment lequel domine”, reconnaît la spécialiste. A cela s'ajoutent des facteurs humains, comme la surpêche : “En retirant des poissons comme les sardines ou les anchois, qui consomment le même plancton, on libère de la nourriture pour les méduses”, indique Delphine Thibault. Le changement climatique pourrait aussi jouer un rôle indirect, en impactant les courants marins. “Si les courants deviennent plus propices à ramener les méduses vers les côtes, on pourrait en observer plus souvent, avance la chercheuse. Ce n’est pas forcément qu’il y a plus de méduses, mais qu’elles sont plus visibles.”
Ces épisodes d'échouages sont généralement de courte durée. Par ailleurs, les méduses ne présentent pas un danger immédiat (mais la piqure peut être douloureuse) ou mortel pour les baigneurs. En cas de contact, il est recommandé de revenir sur la plage, de se rincer à l’eau de mer, puis d’appliquer de l’eau chaude (environ 40 °C pendant 40 minutes). “Les méduses sont transportées par les courants et préfèrent évidemment vivre au large loin de nous, conclut la chercheuse. Pas d’inquiétude : la marée suivante suffit souvent à les disperser.”