"Le climat de nos parents n'existe plus" : 26 scientifiques répondent à Emmanuel Macron

Le 29 juin 2026, 26 scientifiques ont pris la plume dans Le Figaro pour une tribune répondant aux propos d’Emmanuel Macron affirmant “qu’on ne s’adapte pas à un pic (de chaleur) qui n’a pas d’équivalent aujourd’hui en Europe”. Le chef de l'État avait tenu ces propos quatre jours plus tôt, lors du sommet franco-italien d'Antibes, dans les Alpes-Maritimes.

Les signataires de la tribune y voient une incompréhension profonde des enjeux climatiques que le débat politique peine encore à saisir. "Il y a une méconnaissance de ce qu’est le changement climatique et de ce que sont les événements extrêmes, explique à Sciences et Avenir Philippe Drobinski, climatologue, directeur de recherche au CNRS, ainsi qu’auteur du prochain rapport du GIEC, et co-signataire de la tribune. On sait depuis 30 ans que les canicules seront plus fréquentes, plus intenses, plus précoces. Il n’y a rien de nouveau."

Le piège de la comparaison avec la canicule de 2003

Dès les années 1990, les scientifiques alertaient sur l’évolution du climat. Le rapport du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) de 1995 annonçait déjà qu’un réchauffement climatique dû à l’activité humaine rendrait les épisodes extrêmes de chaleur plus fréquents. Des années plus tard, en 2003, une vague de chaleur extrême s'abat sur la France. Après cet épisode meurtrier, l’Etat prend des mesures : plan national canicule, surveillance sanitaire renforcée, dispositifs d’alerte dans les établissements de santé. “Il y a eu des politiques publiques, certes, explique Philippe Drobinski, mais on reste dans une culture de l’urgence, et absolument pas dans la planification.” Ces mesures ont installé une réactivité épisodique, parfois fragmentaire, sans faire pour autant entrer le pays dans une volonté d’anticipation.

Les signataires de la tribune du Figaro insistent sur ce point : il ne faut pas utiliser la canicule de 2003 comme référence au climat actuel. “On a pris cette canicule d’août 2003 comme une référence absolue, et c’est complètement incompatible avec les faits scientifiques, estime Philippe Drobinski. L’erreur, ici, c’est de voir dans chaque record de température une anomalie alors qu’il s’agit désormais d’une nouvelle normalité climatique. La canicule qu’on vient de subir n’est plus exceptionnelle dans un climat de 2026". Ce qui relevait de l'exception il y a vingt ans correspond désormais à ce que la science prévoit pour le climat actuel.

Du "déni climatique" au "déni de responsabilité"

“Notre urbanisme, nos bâtiments, les écoles, les infrastructures, le système de santé... Tout est encore largement conçu pour le climat du 20e siècle”, poursuit le climatologue. L’épisode de juin 2026 l’a montré de façon brutale : fermetures d’écoles, problèmes ferroviaires et tensions dans plusieurs services publics démontrent la fragilité d’un pays qui doit improviser dès que la température grimpe. “Tout cela ne relève plus d’un futur lointain, c’est déjà notre quotidien”, souligne le climatologue. L’adaptation, poursuit-il, “ne consiste pas à subir les crises et à gérer leurs conséquences, elle consiste à anticiper.” Après des années de “déni climatique”, qui consistaient à nier l’évidence d’un réchauffement climatique dû à l’activité humaine, le climatologue voit désormais un “déni de responsabilité” : “Aujourd’hui, certains prétendent être dans l'action. Mais ce n’est pas vrai, affirme-t-il, la désorganisation est totale.”

Dans la tribune, les scientifiques rappellent également à quel point les inégalités socio-économiques se creusent lors d'épisodes extrêmes. “Les populations les plus vulnérables restent les plus exposées, tandis que les plus riches contribuent davantage aux émissions, explique Philippe Drobinski. Une politique climatique sérieuse doit aussi intégrer une dimension de justice sociale.” Malgré ce constat, l’espoir est-il toujours permis ? “Seulement si l’on prend au sérieux l’adaptation et l'atténuation, deux paramètres importants face à la réponse climatique”, insiste le climatologue.

Réduire les émissions permet de limiter l’ampleur du réchauffement futur, tandis que l’adaptation prépare les sociétés aux effets déjà inévitables. “Quand on sort du déni politique, vous avez des changements politiques”, conclut Philippe Drobinski. Les signataires rappellent à tous “qu'à l’approche de l’élection présidentielle de 2027, elle [notre tribune] est un rappel que l’adaptation et l’atténuation du changement climatique sont des sujets politiques [...]. Le climat de nos parents et de nos grands-parents n’existe plus et ne reviendra pas à l’échelle de la vie des lecteurs de ce texte, ni de leurs enfants.”

← Science