
C'est un doctorant qui marche, et il est déjà à mi-chemin entre Paris et Deauville. Il avance avec un but précis : parcourir ces 350 kilomètres à pied pour parler d’un ensemble de maladies hépatiques, désigné sous le terme de MASLD. "Ces maladies progressent à une vitesse inquiétante, mais elles restent largement méconnues du grand public”, constate Sonny Yde, doctorant en biologie moléculaire, spécialiste des maladies métaboliques du foie à Sorbonne Université.
Longtemps appelée "maladie du foie gras non alcoolique", la MASLD - pour Metabolic Dysfunction-Associated Steatotic Liver Disease - est une accumulation de graisse dans le foie liée à des troubles métaboliques. "Au départ, il s’agit d’une simple accumulation de graisse sans conséquence pathologique immédiate, explique à Sciences et Avenir François Pattou, chirurgien au CHU de Lille et directeur d’une équipe de recherche sur les maladies métaboliques à l’Inserm. Mais cette phase silencieuse peut évoluer vers une forme plus grave. C’est là que l’inflammation apparaît et que la maladie devient à risque, avec des complications comme la fibrose, la cirrhose ou le cancer du foie".
Une maladie redoutable mais encore trop ignorée
La MASLD est tout sauf rare. "Si on s’intéresse à la maladie au sens large, donc à tous ses stades, elle concerne probablement 20 à 30% des adultes dans les pays occidentaux”, précise François Pattou. Et pourtant, elle reste encore largement invisible aux yeux de tous. C’est ce constat qui a poussé Sonny Yde à sortir de son laboratoire. "Pendant quatre ans, j’ai étudié ces maladies, et je me suis rendu compte qu’il y avait un vrai paradoxe : elles sont très fréquentes, mais très peu connues, explique-t-il. Beaucoup de personnes peuvent être concernées sans le savoir pendant des années.”
Cette méconnaissance est d’autant plus problématique que la maladie progresse en silence. “Avant le stade inflammatoire, beaucoup de patients n’auront aucun symptôme”, rappelle François Pattou. Mais, chez une partie d’entre eux, la maladie évolue par la suite. “Chez les personnes en situation d’obésité, la MASH - une forme avancée de la MASLD - concerne au moins 10 à 15% des patients, poursuit le chirurgien. La prévalence est très parallèle à celle de l’obésité et devrait continuer à augmenter dans les années à venir.”
Mieux vaut prévenir que guérir
Face à ce constat, la situation n’est pas immuable. “Pour se protéger, c’est simple : une alimentation saine et de l'activité physique, insiste François Pattou. Il ne s’agit pas de sport intensif, mais d’une pratique régulière, comme la marche, 30 minutes à une heure par jour.” C’est ce message que souhaite transmettre Sonny Yde lors de son aventure. "Je ne viens pas donner des leçons, insiste-t-il. L’idée, c’est de partir du quotidien : la marche, l’activité physique, les habitudes alimentaires. Ce sont des choses que tout le monde peut comprendre".
"Si quelques personnes découvrent qu’elles sont concernées et commencent à s’interroger sur leurs habitudes, l'objectif est atteint", estime le doctorant. Une ambition qui rappelle comment l’accumulation de petits comportements peut influencer la santé sur le long terme. "Cette marche est probablement le début de quelque chose, conclut Sonny Yde. Et si je peux continuer à faire voyager la science en dehors des laboratoires, alors ce sera une belle réussite."