
Chez Meta aussi, l'intelligence artificielle fait monter la température, et le patron en voit double. Selon le Financial Times, Mark Zuckerberg aurait demandé à ses équipes de lui fabriquer un clone numérique. Ce doppelgänger est censé être nourri de ses opinions, de sa façon de penser et de parler... pour, à terme, échanger directement avec les salariés. Ceux-ci apprécieront-ils d'avoir un Zuckerberg sur l'épaule, comme Pinocchio a son Jiminy Cricket ?
L'ambition ne semble pas aller dans le sens d'une amélioration du climat social interne. Car pendant que le patron se démultiplie, Meta, elle, se resserre : 10 % des effectifs mondiaux vont être supprimés, soit environ 8000 postes. Une décision qui rendrait Zuckerberg lui-même "triste", dit-il, mais qu'il justifie par la nécessité de financer la course à l'IA du groupe.
Inquiétudes autour de Model Capability Initiative
Et cette course coûte cher. Meta prévoit d'investir jusqu'à 145 milliards de dollars en 2026, presque le double de l'année précédente. De quoi construire des centres de données à marche forcée, quitte à sacrifier des emplois pour financer les machines. Résultat : un climat interne que la bonne santé financière du groupe (23 milliards de dollars de bénéfice au premier trimestre) ne suffit pas à apaiser.
La presse américaine parle d'une véritable "culture de la peur". Illustration avec un projet interne baptisé Model Capability Initiative. L'idée : capter les clics et les frappes de clavier des salariés pour entraîner des agents d'IA. Objectif dans les mots de Zuckerberg lui-même (lors d'une réunion interne) : "Les modèles d'IA apprennent en regardant des gens vraiment intelligents faire des choses". Plus de 1600 employés ont signé une pétition pour mettre fin à Model Capability Initiative avant qu'une fuite ne rende accessibles à tous des données confidentielles. Le programme a été suspendu fin juin.
De la "superintelligence" à "l'impasse"
Ce climat a aussi provoqué des départs marquants, à commencer par celui de Yann LeCun, pionnier français de l'IA, qui dirigeait la recherche du groupe depuis 2013. Sommé de rendre des comptes à Alexandr Wang, 29 ans, tout juste débauché de Scale AI pour 14 milliards de dollars, LeCun a préféré partir fonder sa propre entreprise à Paris. Non sans fustiger, au passage, une quête de "superintelligence" qu'il juge vouée à "l'impasse". Zuckerberg ne sera pas trop de deux pour régler tous ses problèmes...
Avec AFP