Première découverte d’ADN humain sur les parois de grottes ornées

Première découverte d’ADN humain sur les parois de grottes ornées

Lascaux, Chauvet, Altamira… Les grottes ornées du Paléolithique fascinent les humains modernes que nous sommes au point que nous voudrions savoir qui a réalisé les dessins et les peintures qui recouvrent leurs parois. La paléogénétique peut-elle venir à la rescousse, maintenant que l’on sait  trouver de l’ADN dans les sédiments ? Pourquoi ne pourrait-il pas se conserver aussi sur les plafonds et les murs ?

C’est le pari fou du projet First Art dirigé par des chercheurs espagnols et portugais. Comme ils le relatent dans la revue Nature Communications, ils ont en effet réussi à mettre en évidence des traces d’ADN sur les parois de plusieurs grottes de la péninsule ibérique. Ce n’est qu’un début, mais il pourrait offrir un aperçu unique sur les premiers artistes de notre espèce.

Première découverte d’ADN humain sur les parois de grottes ornées

En 2023, Sciences et Avenir annonçait une première : l’extraction d’un ADN mitochondrial vieux de 2.000 ans sur un pendentif sibérien en dent de wapiti. Quelques mois plus tôt, c’était de l’ADN nucléaire qui avait été récupéré dans les sédiments d’une grotte espagnole. Une petite révolution qui annonçait celle que viennent de réaliser l’équipe du projet First Art et les chercheurs de l’Institut Max-Planck d’anthropologie évolutive.

À l’origine, ce projet avait pour objectif de dater des peintures pariétales et d’analyser leur composition chimique. Mais des analyses ADN sont venues s’y ajouter, dans le prolongement des découvertes réalisées dans les sédiments. Une bonne idée, car sur les 24 panneaux sélectionnés dans onze grottes d’Espagne et du Portugal, de l’ADN a été détecté à plusieurs endroits.

Sites archéologiques et types de matériaux analysés dans l’étude. Crédits : Bossoms Mesa et al., 2026

Des motifs réalisés par contact direct ou indirect avec la paroi

Sur ces 24 panneaux sont représentés divers types de motifs figuratifs ou abstraits : des points, des traits, des lignes, des taches, des triangles, mais aussi des pochoirs de mains en négatif ou des disques soufflés. Ont été également retenus des fragments pigmentés et non pigmentés qui se sont naturellement détachés.

Pour les réaliser, on sait que leurs créateurs ont pu utiliser diverses parties de leur corps : « Nous savons que certains motifs ont été réalisés en soufflant ou en frottant des pigments sur les parois de la grotte, explique dans un communiqué Hipólito Collado Giraldo, archéologue de la communauté autonome d’Estrémadure à l’origine du projet. À l’aide de méthodes d’analyse de pointe, nous avons cherché à déterminer si ce type de contact aurait pu laisser des traces d’ADN et s’il serait même possible d’en extraire les profils génétiques des auteurs. »

L’ADN est décelé dans les sédiments et sur les parois rocheuses

Leurs analyses révélent tout d’abord les deux formes d’ADN (mitochondrial et nucléaire) dans les niveaux de sédiments datés du Paléolithique supérieur des grottes d’Altamira, Les Pedroses, Covarón et Cudón. Ces grottes ont donc bien été visitées par des hominines, des Sapiens et même des Néandertaliens à Cudón.

Les données sont plus parcimonieuses pour les parois, mais de l’ADN est bien présent : humain, sur celles de la grotte d’Escoural au Portugal ; humain et faunique, sur des échantillons non pigmentés de la grotte de Covarón, en Espagne.

Prélèvement de pigments sur une peinture pariétale à Tebellín (Espagne). Crédits : Bossoms Mesa et al., 2026

Des chasseurs-cueilleurs proches de grands groupes du Paléolithique supérieur

La présence d’ADN faunique en plus grande quantité que l’ADN humain laisse entendre qu’il proviendrait des sédiments et résulterait donc d’une contamination (par exemple à l’occasion d’une percolation). Mais ce qui intéresse le plus les chercheurs, c’est l’ADN ancien d’origine humaine.

Que nous dit-il ? Celui de Covarón est proche de celui du groupe génétique dit des chasseurs-cueilleurs occidentaux, et plus spécifiquement des deux sous-groupes dénommés « Villabruna » et « Oberkassel », d’après deux sites majeurs du Paléolithique supérieur. Pour la grotte d’Escoural, les chercheurs n’ont malheureusement pas réussi à rapprocher les échantillons d’ADN d’un quelconque groupe humain Sapiens, ancien ou moderne.

Quand cet ADN a-t-il été déposé ?

Il serait tentant de penser que cet ADN a été déposé par certains des artistes pariétaux, mais ce serait une conclusion bien trop hâtive. Il faut tout d’abord essayer de dater les échantillons prélevés. Pour ce faire, les chercheurs ne peuvent se fier qu’à des estimations en se basant sur la désamination de la cytosine (l’un des nucléotides de l’ADN) dans l’ADN ancien. Par cette méthode, ils peuvent seulement déduire que l’un des échantillons date d’environ 1.000 ans et tous les autres d’environ 2.000 ans – voire beaucoup plus. Énormément plus même, puisque la comparaison avec des sédiments et un os de bovidé datés par la méthode uranium-thorium, a donné aux chercheurs une estimation de 25.000 ans pour l’ADN de la grotte d’Escoural.

Ce fragment de calcite provenant d’Escoural (Portugal) contient de l’ADN humain. Crédits : Bossoms Mesa et al., 2026

Des résultats encore balbutiants

Si l’étude est donc pionnière, les résultats restent encore balbutiants. Les échantillons les plus intéressants sont bien sûr ceux qui ne contiennent que de l’ADN humain car ils correspondent à un contact direct. Mais est-ce forcément celui d’un des « artistes » qui ont orné les grottes en question ? Les chercheurs sont tout à fait conscients des limites de leur premier essai : « En principe, l’ADN humain récupéré sur l’art pariétal d’Escoural pourrait être directement ou indirectement associé au(x) individu(s) ayant participé à sa création, par exemple lors de la préparation ou de l’application du pigment, écrivent-ils dans Nature Communications. Cependant, en l’absence de contraintes chronologiques précises concernant le dépôt du pigment et de l’ADN, il reste possible que ces dépôts aient eu lieu à des milliers, voire des dizaines de milliers d’années d’intervalle. »

Un premier pas qu’il faudra confirmer

Comme les résultats ont été parcimonieux, ils doivent également admettre que les surfaces pigmentées conservent rarement l’ADN, même dans de bonnes conditions. Mais ne s’avouent pas pour autant vaincus, car la détection d’ADN sur les parois des grottes, ornées ou non, représente un grand pas, qui va permettre de mieux connaître les populations qui les ont occupées, sans nécessairement procéder à des fouilles dans le sous-sol : « Même si nous ne pouvons pas établir de lien direct entre les traces d’ADN humain ancien que nous avons découvertes et l’apparition de l’art pariétal, il s’agit là de la première preuve que l’ADN humain peut se conserver sur les parois des grottes pendant des millénaires », conclut Alba Bossoms Mesa, première auteure de l’étude.

Ce n’est donc qu’un début, car les chercheurs entendent bien essayer d’identifier génétiquement les auteurs d’au moins certaines de ces œuvres, comme les empreintes de mains.

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