
Un enfant maltraité ne souffre pas uniquement sur le moment de la maltraitance, les séquelles restent visibles tout au long de sa vie. Une fois adulte, il aura probablement un QI moins élevé et il sera plus à risque de souffrir de dépression sévère ou de troubles de l'attention et hyperactivité. Ces effets à long terme sont connus, mais le lien entre les maltraitances et ces conséquences restent obscurs. Des chercheurs de l’Inserm et de l’Université Paris Saclay ont mis en peu de lumière dans cette obscurité : dans une étude publiée le 20 janvier 2026 dans European Psychiatry, ils montrent que la maltraitance infantile cause des altérations dans plusieurs régions du cerveau, des lésions qui restent visibles tout au long de l’adolescence et qui pourraient être les causes des conséquences constatées à l’âge adulte.
Comparer les cerveaux des jeunes en fonction des maltraitances subies
Pour arriver à cette conclusion, les chercheurs ont analysé les données issues du consortium Imagen, projet européen qui tente d’élucider les conséquences de divers facteurs biologiques et environnementaux sur le cerveau des adolescents. Le consortium recueille des données de neuroimagérie (imagerie par résonance magnétique ou IRM), du comportement et de la santé psychique de plus de 2.000 jeunes européens à leurs 14 ans et puis à leurs 18 ans.
Dans cette cohorte, les chercheurs ont identifié 105 jeunes avec des niveaux modérés ou élévés de maltraitance (physique, sexuelle, ou émotionnelle) durant l’enfance (selon un questionnaire sur les traumatismes infantiles rempli par les participants). Les images de leurs cerveaux ont été comparées à celles de 529 jeunes qui n’ont déclaré aucune maltraitance.
La maltraitance laisse des “cicatrices cérébrales” visibles à l’adolescence
Les adolescentes ayant vécu des maltraitances en étant enfants avaient des volumes réduits dans plusieurs régions du cerveau, par rapport à ceux sans maltraitances. Le volume de la matière grise était ainsi plus faible notamment dans des régions impliquées dans le système limbique (qui gère le comportement et les émotions), telles que l’amygdale. C’était aussi le cas du cortex cingulaire antérieur et le cortex orbito-frontal (impliqués dans la prise de décision) et le lobe temporal (important pour la cognition). Ces “cicatrices cérébrales” étaient visibles à 14 ans et persistaient à 18 ans, montrant à quel point ces lésions sont durables.
“Il s’agit de la plus grande étude longitudinale menée à ce jour sur les ‘cicatrices cérébrales’ chez les adolescents victimes de maltraitance infantile, explique Jean-Luc Martinot, directeur de recherche Inserm, auteur de cette publication, dans un communiqué. Ces résultats soulignent la nécessité d’évaluer de nouvelles stratégies de prévention et d’accompagnement ciblées auprès d’adolescents à risque ayant été victimes de maltraitance. Autrement dit, les efforts de prévention devraient se concentrer sur les jeunes ayant des signes avant-coureurs de risque pour leur santé mentale ou physique”.
Ces jeunes présentent un plus grand risque de dépression
En plus des séquelles physiques observées dans le cerveau, ces jeunes maltraités avaient aussi davantage de signes évocateurs d’une possible dépression ou d’un trouble de stress post-traumatique, confirmant leur plus grand risque de développer des problèmes psychiques à l’âge adulte. Sachant que plus de 200 enfants sont victimes de maltraitances chaque jour en France, selon Unicef. Autant de futurs adultes qui continueront de souffrir des séquelles de la maltraitance infantile et qui nécessiteront un soin adapté pour réparer leur santé mentale.