Voici 50 ans, la crise de la Soufrière bouleversait la Guadeloupe

Voici 50 ans, la crise de la Soufrière bouleversait la Guadeloupe

Le 8 juillet 1976, la Soufrière semble sur le point d’exploser. Un immense panache de cendres recouvre les villages voisins. Près de 25.000 habitants fuient spontanément. Les médias suivent l'affaire de près avec le souvenir de la catastrophe de la Montagne Pelée, en 1902, qui avait fait 30.000 morts en Martinique.

Quant à l'évolution de la Soufrière, les scientifiques sont divisés. Pour Haroun Tazieff, directeur du service de volcanologie à l’Institut de physique du globe, les analyses sont rassurantes : les explosions sont phréatiques, provoquées par de la vapeur d'eau, et rien n'indique qu'un magma soit en train de remonter. Mais de son côté, le préfet de la Guadeloupe, Jean-Claude Aurousseau, s’inquiète. Il fait appel à de nouvelles expertises. Des géologues débarquent et Claude Allègre, fraîchement installé au poste de directeur de l’IPG, s’empare du dossier. Pour ces scientifiques, la probabilité d’une éruption de magma est bien réelle.

Pendant ce temps, les séismes se multiplient, les explosions aussi, et les chercheurs redoutent une véritable éruption. Voire une éruption cataclysmique. Mi-août, un des experts, Robert Brousse, évoque même une “force d’explosion finale de 30 mégatonnes, 1000 fois la bombe d'Hiroshima." Face à cette incertitude, le préfet ordonne l'évacuation de près de 74.000 habitants. Une décision exceptionnelle qui paralyse le sud de la Guadeloupe pendant 3 mois et demi.

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Un désaccord qui devient une polémique

Quelques jours plus tard, Claude Allègre et Haroun Tazieff montent ensemble au sommet. Une explosion les surprend et ils échappent de peu à la mort. Mais Haroun Tazieff campe sur ses positions : il estime que l'évacuation était inutile. Claude Allègre, lui, défend une décision de précaution : si les experts se trompent, ce sont des milliers de vies qui sont en jeu. À leur retour, le désaccord scientifique devient une affaire nationale avec un débat télévisé le 11 novembre 1976, qui va marquer les esprits sur cet évènement.

La suite donnera raison à Haroun Tazieff : la grande éruption n'aura finalement jamais lieu. Cinquante ans plus tard, les volcanologues s'accordent surtout sur une chose : avec les moyens de surveillance de l’époque, personne ne pouvait savoir avec certitude comment la crise allait évoluer. Aujourd’hui, la Soufrière reste un cas d'école de la gestion du risque face à l'incertitude scientifique.

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