
Début juillet 2026. La France fait déjà face à une troisième canicule, le territoire s’embrase, et les records de températures ne cessent d’être battus. En mer aussi, la situation est alarmante. Le service européen de climatologie Copernicus l’a annoncé le 1er juillet : les températures de surface de la mer à l'échelle de la planète ont désormais dépassé les niveaux records de cette période de l’année, avec une température moyenne de 21°C.
En milieu marin, on ne parle pas réellement de canicule, mais de vague de chaleur marine. C’est lorsque la température de surface de l’eau de mer est supérieure, pendant plus de cinq jours, à 90% des températures relevées sur la même période de l’année pendant les 30 années précédentes.
Avec, d’un côté, un réchauffement qui ne cesse de s'accentuer et de l’autre, des vagues de chaleur plus fréquentes et intenses, les écosystèmes marins se retrouvent profondément menacés et transformés. Si certaines espèces sont capables de se déplacer dans des zones plus fraîches, d’autres, fixées, subissent violemment ces épisodes de chaleur, à l’instar des gorgones, par exemple.
Les gorgones : un véritable "hotspot" de biodiversité
Celles que l’on surnomme les éventails de mer sont des coraux qui vivent en colonies et forment des forêts animales, faisant office de refuge pour les autres espèces. Les gorgones représentent un véritable "hotspot" de biodiversité des fonds marins, puisqu’elles sont à la base d’assemblages coralliens, qui peuvent accueillir plus de 1500 espèces.
Mais les hausses de températures leur sont particulièrement fatales, puisque cela provoque une nécrose des parties molles qui les composent. Nathaniel Bensoussan, plongeur et chercheur Ifremer au Laboratoire d’Océanographie Physique et Spatiale, se remémore une plongée de recensement de gorgones réalisée en 2022 avec l’association Septentrion. "Les gorgones ont pris un coup de chaud terrible cet été-là, raconte-t-il à Sciences et Avenir. On a constaté une mortalité massive chez la gorgone rouge, concernant 80% des populations." Au lieu de grandes espèces dressées et colorées, sur les parois ne subsistent que les axes calcaires blancs. "C’était comme un cimetière, ou une forêt qui avait brûlé", déplore-t-il. De telles mortalités ont un impact profond sur la structure et le fonctionnement des écosystèmes côtiers.
Les posidonies en fleurs, mais épuisées
Chez les posidonies, ces plantes aquatiques qui forment des vastes prairies sous-marines, les répercussions sont différentes. Une étude publiée en mai 2026 dans Nature révèle que les vagues de chaleur semblent provoquer des floraisons exceptionnelles sur ces espèces.
Chez la posidonie, la floraison est censée être un évènement rare, observé tous les 10 ans environ. Cette plante marine privilégie habituellement la reproduction asexuée végétative, comme le bouturage, plutôt que sexué, comme la floraison. Elle mobilise donc une grande quantité d’énergie, et s’épuise au détriment de sa croissance. Le comble, c’est que certaines observations réalisées en 2022 ont démontré que ce type de floraison n’aboutit pas systématiquement à l’installation de nouvelles plantules.
"On bat des records, et on en battra encore, reprend Nathaniel Bensoussan. Nous sommes sur cette trajectoire de réchauffement global, lié aux activités humaines." Le scientifique appelle à agir, observer, informer. "Il faut adapter la gestion des milieux marins, mais également atténuer, en termes d’émissions de carbone, et aller vers une sobriété. C'est urgemment nécessaire."