
Arriverons-nous tous à souffler nos 100 chandelles… ou ce privilège ne sera-t-il réservé qu’à une poignée ? Certes, les seniors viellissent de mieux en mieux et le nombre de centenaires ne cesse d’augmenter, particulièrement en France. Cependant, malgré les avancées scientifiques, nous ne serions pas tous équipés pour tromper la mort pendant tout un siècle. Il se pourrait en effet que cette très longue longévité dépende en grande partie de facteurs biologiques innés (tels que la génétique) ou acquis tôt dans la vie (tels que le microbiote). On sait, par exemple, que l’espérance de vie dépend au moins à moitié de nos gènes et que les centenaires ont des microbiotes particuliers. Une nouvelle étude, publiée le 27 mars 2026 dans GeroScience va dans le même sens : le métabolisme des centenaires est différent de celui des seniors qui n’atteindront pas les 100 années de vie. L’étude, réalisée par l’Université de Boston et Institut américain sur le vieillissement, pointe néanmoins certaines voies métaboliques qui seraient importantes pour bien vieillir, donnant des pistes pharmaceutiques potentielles pour aider les corps des moins fortunés à tenir sur la durée.
Analyser le métabolisme en étudiant les molécules qu’on produit
Les chercheurs se sont intéressés à la métabolomique des centenaires, c’est-à-dire à l’ensemble des molécules produites par l’organisme (ou métabolites). “Les métabolites représentent les produits finaux des interactions gène-environnement, ils sont donc particulièrement informatifs pour comprendre l’état biochimique intégral d’un organisme”, justifient les auteurs. Ils ont ainsi analysé l’abondance de 1.495 métabolites dans des échantillons sanguins de 213 participants d’une large étude sur les centenaires (le New England Centenarian Study). Parmi ces participants, 70 étaient centenaires, 80 étaient leurs enfants, et 63 contrôles (par exemple les partenaires des enfants des centenaires, venant de familles sans histoire de longévité extrême). L’étude a été ensuite enrichie avec les données métabolomiques de deux autres études sur des centenaires et de deux études sur le vieillissement, mais qui n’incluaient pas de centenaires. Le total de participants était ainsi ramené à 5.128 individus de différents groupes d’âge.
Une signature métabolique spécifique aux centenaires
La comparaison des métabolites par groupe d’âge a d’abord permis d’identifier environ 360 métabolites qui varient avec le vieillissement (263 augmentent et 93 diminuent). Parmi ceux qui devenaient plus abondants avec l’âge, il y avait, par exemple, des molécules impliquées dans le stress oxydatif, le dysfonctionnement des mitochondries (les usines énergétiques des cellules), l’inflammation ou encore un mauvais fonctionnement des reins.
Certaines de ces signatures métaboliques (290) étaient partagées par les centenaires et les contrôles âgés, montrant des trajectoires communes lors du vieillissement. Mais il y avait aussi un nombre important de métabolites pour lesquels ils différaient : 279 molécules étaient plus abondantes chez les centenaires, et 79 l’étaient davantage chez les seniors non centenaires. Les chercheurs ont pu ainsi identifier une signature moléculaire liée au vieillissement de tous, et une autre spécifique aux centenaires. En y ajoutant les données des autres cohortes, cette signature spécifique des centenaires a été réduite à 67 métabolites, dont 42 étaient plus abondants chez eux. “Notre étude pointe des empreintes chimiques mesurables dans le sang qui sont associées avec une vie longue et en bonne santé, résume Stefano Monti, auteur de l’étude, dans un communiqué. Si nous comprenons ces empreintes, nous pourrions identifier des voies biologiques qui contribuent à la protection contre le déclin lié à l’âge.”
Identifier les voies métaboliques liées au “bon” vieillissement
Un des groupes métaboliques surreprésenté chez les centenaires était celui des estéroïdes, particulièrement les hormones stéroïdiennes dont la quantité chutait avec l’âge, mais seulement chez les non-centenaires. D’autres molécules connues pour leur rôle pour réguler l’inflammation étaient aussi plus abondantes chez les centenaires que les autres seniors, ce qui suggère qu’ils vivent plus longtemps en partie car leurs corps gèrent mieux l’inflammation (sachant que le vieillissement est associé à un excès inflammatoire). D’autres molécules, dont les acides biliaires, augmentaient en quantité seulement chez les centenaires, mais leur rôle dans la protection contre le vieillissement est plus obscur.
“Nous espérons que cette étude aidera à identifier les signaux métaboliques d’un vieillissement en bonne santé, qui pourront être ciblés pharmaceutiquement. Toutefois, nous ne pouvons pas encore déterminer des liens de causalité et ces résultats nécessitent d’être validés dans des études plus larges et plus diverses, nuance Stefano Monti. Notre but ultime est de transformer ces connaissances en tests et interventions sures qui pourraient aider les gens à rester en bonne santé pendant plus longtemps.” Nous ne serons pas tous centenaires, mais peut-être pourrons-nous espérer mieux vieillir.